La plupart du temps, lorsqu’on aborde le thème du jeu vidéo et que l’on prononce le nom de « Kojima », les gens nous répondent « Hideo » ou « Metal Gear ».
Aujourd’hui je vais vous parler d’une autre personne qui porte aussi ce nom et qui de la même manière met très haut la barre du respect. Cette personne est elle aussi japonaise, travaille également pour le jeu vidéo, mais la comparaison s’arrête là.
Aujourd’hui je vais donc vous parler de la personne et de l’œuvre de Ayami Kojima.
Toute première particularité et pas des moindres, Ayami est une femme. Oui une femme, c’est plutôt rare dans ce doux monde masculin du game.
Ayami, comme vous l’aurez compris, est une illustratrice. Le fait que ce soit une femme apporte une vision tout à fait différente de la chose, mais attention n’allez pas croire que sa touche féminine se traduit par des paysages tout rose bonbon et des petits cœurs partout… quel cliché. Je crois bien que Kojima est bien au-delà de tout ces stéréotypes, mais découvrons plutôt son style de part ses différents travaux.
Ayami Kojima en personne. C'est toujours intéressant de voir qui est-ce qui se cache derrière les oeuvres.
Ayami commença sa carrière en tant qu’illustratrice de romans notamment des romans de samouraï ou encore sur d’autres types de lecture comme des magazines. C’est à cette période que IGA repère son style pour la série Castlevania. Elle débuta donc un travail sur des artworks pour ce jeu contant comme vous le savez l’épopée de la famille Belmont face à aux multiples résurrections du conte Dracula.
Le premier opus avec Ayami aux pinceaux fut Symphony of the Night.
Le fameux Alucard de Symphony of the Night. Appréciez l'attention toute particulière donné aux nombreux détails ainsi qu'aux effets de brillance dans les cheveux. Un travail de composition des plus mémorables.
Au pinceau oui, car Ayami Kojima n’est pas une illustratrice comme on en trouve beaucoup dans le monde du Jv. L’utilisation de feutres à alcool est chez elle plus que rare. Son atout est effectivement la peinture à l’huile, à l’ancienne comme les peintres de la renaissance. Et son inspiration pour cette époque ne s’arrête guère là. On peut voir qu’elle applique un tas de techniques bien particulières aux peintres italiens du XVème siècle.
Ce qui peut frapper en regardant bien ses différentes œuvres, est son utilisation du « sfumato » technique élaboré par Sir Léonard De Vinci. Une technique de peinture consistant à superposer un nombre incalculable de couches afin de perdre le contour distinct de l’objet représenté. Cela a pour conséquence de donner une sorte de sensation « vibrante » au tableau, une impression de mouvement et de profondeur plutôt étonnant. On le voit très bien sur les peaux des personnages de Kojima. Une peau très laiteuse et dépourvu d’arrêtes saillantes.
Voici un très belle exemple d'utilisation du sfumato chez Kojima. Regardez comme le visage et les cheveux parraissent vivants.
Kojima utilise également d’autres techniques bien particulières comme le « figer smudging » qui consiste lui à étaler 2 zones contrastées pour en faire un dégradé. Ce que l’on pourrait qualifié d’estompe dans le jargon français.
Ce qui est étonnant chez Kojima est en fait son style plutôt hybride. En effet elle est à mi chemin entre un style réaliste et un style manga. Un style qui colle ma foi parfaitement à l’ambiance plutôt glauque/romantique de Castlevania. C’est vrai, on voit mal un Richter Belmont par Tetsuya Nomura… la magie n’y est plus.
Je noterais aussi son utilisation des ombres du visage qui est très intéressante. Des ombres très fortes avec souvent une lumière pleine face (ombre sous le nez …) ou bien complètement sur un côté laissant une face du visage complètement dans l’obscurité. Une très belle technique pour faire ressortir le coté ténébreux des personnages.
Un artwork pour Castlevania: Aria of Sorrow. Une des plus belles planches de Kojima selon moi. Tout y est, aucune faute de goût. Et puis caser autant d'éléments dans un si petit espace sans que cela surcharge, faut être sacrément balèse.
Autant vous dire qu’une artiste comme Kojima ça se remarque dans ce monde ultra formaté. Quel artiste aujourd’hui prendrait encore le temps de peindre des toiles immenses à la peinture alors qu’en 2 click on à un résultat vendable ?
Kojima à une vraie approche sensuelle dans son travail. Ce qui importe pour elle est la sensation que va procurer le visuel. Voila pourquoi elle utilise des moyens plutôt anciens, pour se rapprocher le plus possible d’œuvre vivante et non froide comme beaucoup d’artwork aujourd’hui.
Tel est le tableau d’une artiste impressionniste au service du jeu vidéo.
Kima, le 26 Août 2007